Mis à jour le 4 avril 2026

Kofun Jidai – 古墳時代, « Vielle Tombe » – Article 45
Bienvenue amis lecteurs, dans un voyage fascinant au cœur de la mythologie, des légendes et de l’histoire japonaises.
Plongeons ensemble dans ce quarante-cinquième article, où nous allons aborder l’étude du Kofun Jidai – 古墳時代, 1ère ère majeure du Yamato Jidai – 大和時代, « Grande harmonie », troisième des quinze ères traditionnelles actuelles, qui démarre officiellement l’histoire sein du Japon.
Nous avons pu explorer précédemment la mythologie Shintō, ainsi que les deux premières ères Nengō, le Jōmon Jidai – 縄文時代, et le Yayoi Jidai – 弥生時代, je vous invite également à consulter l’ensemble des précédents articles afin de mieux vous familiariser avec l’étude de ce jour.

La période Kofun Jidai – 古墳時代, ou période Kofun, est la 1re ère majeure de la troisième ère des quinze subdivisions traditionnelles actuelles appelées Nengō – 年号, « Désignation des ères traditionnelles ».
Cette période couvre de 250 à 538 après J.C pour une durée de 288 ans. Elle suit l’ère Yayoi – 弥生, « propagation de la vie »; et est suivie par l’ère Nara – 奈良時代.
Kofun – 古墳 signifie littéralement « Vieille tombe », venant de Ko – 古, « Vieux », et de Fun – 墳, « Tombe ou sépulture», venant de l’utilisation des tertres funéraires en forme de serrure fortement usitée pour les personnes de haut rang et surtout pour les Tennō, ayant également donné ce nom à l’ère Majeur. L’utilisation étant officiellement usité au début de cette ère pour les Tennō dont l’utilisation disparaîtrait vers le VII siècle et étant spécifique à la culture japonaise.
Durant cette ère le Japon compte au pouvoir quatorze Tennō de Ōjin Tennō – 応神天皇 à Senka Tennō – 宣化天皇, dont la fin de règne de Jingū Kōgō – 神功皇后.

Avec le Shintoïsme présent sur l’archipel, le Tennō devient officiellement le chef à la tête de l’état et le Kofun s’érige comme sa marque, notamment marquée par le Kofun Daisenryō – 大仙陵古墳, de Nintoku Tennō – 仁徳天皇,(De 313 à 399) à Sakai – 堺市, dans la baie d’Ōsaka – 大阪湾.
Le Kofun est un signe distinctif de cette période, il s’agit d’un tumulus de terre contenant de grandes chambres funéraires en pierre, dont certains sont entourés de fossés allant de quelques mètres à 400 mètres pour les plus grands et souvent demi-enfouies. On retrouve de grandes traces de Kofun dans les plaines de Yamato, ou actuel Nara, centralisant le pouvoir dans cette région.
Ils apparaissent sous différentes formes, ronds, triangle isocèle ou carré, mais tous possèdent un trou de serrure, ce dernier censé représenter une enceinte dans laquelle l’esprit du défunt serait retenu, continuant de partager sa force avec les vivants. Chaque Kofun permettait d’afficher des informations importantes sur le défunt, montrant des maisons, clans, personnages, objets ou animaux. Les Haniwa – 埴輪 remplacent alors les Tsubo – 壺, « Jarre globulaire » Yayoi, apparaissant dès lors par millier.
Selon l’archéologue Koji Mizoguchi – 溝口孝司, le Kofun centralise les traditions régionales et leur symbolisme. Les anciens bijoux, comme les bracelets de coquillage, sont désormais fabriqués avec des pierres fines, symbolisant le contact avec des mondes lointains et montrant la richesse du défunt. Les accessoires de pêche, armes et outils divers comme les miroirs chinois, représentent les divers domaines de travail ainsi que la nature (océan, montagne, plaine).
Le tumulus permet alors de représenter le monde conquis durant la vie du défunt, tout en signifiant l’avènement d’une nouvelle ère. Cela permet à ceux les contemplant d’avoir un regard sur le passé du fait des détails d’ouvrage des Kofun ou des rituels funéraires l’accompagnant.
Avec les Tennō, viennent également les trois symboles impériaux, Le Magatama – 曲玉, « Ornement riche » ; le Kagami – 鏡, « miroir », et le Kusanagi – 剣, « coupeuse d’herbe ».
La période Kofun peut se distinguer en trois périodes, dont les périodes peuvent varier selon les sources.
- 1 – Kofun Zenki – 古墳前期,« Kofun ancien »,de l’an, 250 à 400, durée de 150 ans
Durant cette période, les Kofun sont marqués de pierres blanches et de Haniwa – 埴輪, « cylindre de terre cuite rouge » et souvent placé pour l’élite sociale. Ils montrent des formes variées comme des chevaux, oiseaux, éventails, poissons, maisons, armes, boucliers, parasols, oreiller ou êtres humains (homme ou femme), le Kofun de la cavalerie montrant même des armures, armes ou autres ornements. Les céramiques étaient au départ rouge sur une base de cuisson entre 450 et 750 degrés suivant la tradition Yayoi et restaient poreuses. Après l’arrivée des Coréens, les poteries gagnent de nouvelles couleurs (Grès gris, gris-bleu, avec ou sans glaçure et projections de cendres), et différentes formes en fonction de leurs utilités, utilisant de nouvelles températures entre 1 000 et 1 300 degrés, encore ignorés jusque-là, on parle alors de Céramique Sue ou Sue Ki – 須恵器, « Essentiel pour la bénédiction des récipients », servant comme pour les offrandes.
La chambre funéraire est à usage unique, l’entrée se fait par le haut, les cercueils sont en bois fait de tronc évidé. L’afflux d’une grande population de migrant et d’importations commerciales vient majoritairement de Corée prenant le titre de Toraijin – 渡来人, « Personnes qui viennent en traversant .
Les Toraijin travaillent le fer, élèvent des chevaux, et se chargent de diverses productions comme du sel et occupent également le rôle de secrétaire pour l’élite japonaise, car maîtrisant l’écriture chinoise.
Les Coréens introduisant l’écriture chinoise lors de leur immigration vers l’an 340.
Le livre des Song dit Sōjo – 宋書, en japonais; compte environ 100 volumes écrits par l’écrivain chinois Shen Yue – 沈 約. Les livres de Shen Yue traitent des différents émissaires envoyés auprès des dynasties chinoises Jin (de 265 à 420) et Song du Sud (de 420 à 479) en chine. Les liens d’échanges maintenus entre la chine et de différentes communautés nipponnes ont permis d’enregistrer cinq chefs suprêmes successifs faisant certainement référence aux cinq Tennō de Ōjin à Ingyō (de 270 à 454), recensant par la même les plus grands Kofun exhumés de nos jours.
Un changement significatif intervient au cours de cette période, car les casques, armes et armures d’origine chinoise font place à celle d’origine coréenne. Ainsi de nombreuse communauté se créée, chacune marquant leur réussite via les Kofun, symbole ultime de la grandeur acquise durant une vie ou d’une ère, lançant alors une compétition pour savoir qui domine qui ou quoi et permettant de conserver des relations commerciales.
- 2 – Kofun Chūki – 古墳中期, « Kofun moyen », de l’an, 400 à 500, durée de 100 ans
Grâce aux innovations apportées par les Toraijin, des nouveautés sont faites sur les Kofun. Ainsi on peut retrouver au nord de Kyushu – 九州, des Kofun ayant des ouvertures sur le côté. Les Haniwa sont accompagnés de statues taillées dans de la pierre, représentant des hommes et des chevaux. Dans la région de Kansai – 関西地方, on peut trouver la trace de plusieurs hypogées (Tombes souterraines), étaient alors creusées à flanc de colline et les cercueils devenaient des sarcophages de pierre ou représentant des formes de maison. L’utilisation de faucille de fer permet d’améliorer les récoltes, et les techniques d’assèchement de marécage permettent de mieux contrôler les rizières, amenant à la création de véritables fossés inondés entourant les grands Kofun, mais nécessitant pour cela une grande quantité de main-d’œuvre.
Les rivalités et conflits entre les puissances et les clans se font sentir. Le défunt fait ainsi étale de sa richesse et de sa réussite durant sa vie, affichant ainsi fortune ou arme en bronze. Les Kofun eux-mêmes sont mis en compétition par leurs tailles toujours plus imposantes. On peut ainsi nommer le Daisenryō – 大仙陵古墳, (500 mètres de long), dans la ville de Sakai – 堺市, le Tsukuriyama Kofun – 作山古墳, (282 mètres de long), ou encore l’Imashirozuka Kofun – 今城塚古墳, (330 mètres de long), cette compétition finissant par s’estomper avec le temps. Des multitudes de tout petits tertres ronds apparaissent dont le nombre de dépôts funéraires fluctue grandement en fonction du défunt étant ainsi le manifeste d’une société inégalitaire. Dorénavant, seules des familles étendues ou castes supérieures permettent de prendre à leur compte la tradition des tertres, jusque-là réservés aux chefs. Le statut social est ainsi lié aux moyens financiers, dorénavant principal critère pour laisser une trace dans l’histoire.
- 3 – Kofun Banki – 古墳後期, « Kofun final », de l’an, 500 à 538, durée de 38 ans
Durant cette période, on trouve des Kofun principalement au nord de Kyushu, laissant suggérer la disparition des statues de pierre et des Haniwa. Le style de Kofun ayant une entrée sur le côté se répand partout jusqu`à l’Est. On dénombre de grands Kofun comme celui d’Imashirozuka – 今城塚古墳, (190 mètres de long), dans la ville d’Ōsaka – 大阪府 étant celui de l’empereur Keitai – 継体天皇 ou encore celui d’Iwatoyama – 岩戸山, (135 mètres de long) à Yame – 八女市,dans la préfecture de Fukuoka – 福岡県, étant celui de l’impératrice Kōgō Iwa – 磐姫皇后. Les Haniwa ne sont plus utilisés et la course au gigantisme des Kofun s’arrête, ces derniers seront de moins en moins utilisés jusqu’à leurs totales disparitions. Le dernier des Kofun recensés serait possiblement celui de Mise Maruyama – 見瀬丸山, tertre du Tennō Kinmei – 欽明天皇, (318 mètres de long), dans la ville de Saga – 佐賀市, ce Kofun ne portant néanmoins pas de traces de couverture de pierre, mais ayant l’une des plus grandes chambres funéraires jamais recensée.

Le bouddhisme ou Bukkyō – 仏教, étant officialisé comme religion d’État lors de la prochaine ère Asuka Jidai – 飛鳥時代, (De 538 à 710)), et avec l’affirmation du pouvoir du Tennō, il y aurait eu des événements réformateurs ayant mis fin à l’usage du Kofun. Le Kofun aurait alors laissé la place au Kōkyō – 皇居, « Résidence de l’empereur », changeant ainsi le symbolisme de la matérialisation du pouvoir du souverain, sanctifiant jusqu’à la fin du Kofun les actes d’un Tennō défunt par un tertre funéraire, puis à partir de l’ère Asuka, sanctifiant le Tennō durant son règne par un Kōkyō.
Cette période a également été marquée par le conflit entre de grandes puissances, notamment la cour de Yamato – 大和, contre le royaume de Kibi – 吉備国, et l’Iwai no Ran – 磐井の乱, « Révolte d’Iwai », ayant eu lieu dans la province de Tsukushi – 筑紫国 à Kyūshū – 九州. Ces tensions étant une tentative de compétition du fait des puissances rivales, mais la cour de Yamato écrasera cette rébellion et assoira du même coup sa légitimité comme force incontestée.
On peut également retrouver les premières demandes de reconnaissance de titres royaux et puissance aristocratique auprès de la justice chinoise, n’hésitant pas à saisir ces derniers en justice. Le japon envoyant des émissaires appelés Kento Shi – 遣唐使, « Émissaire auprès de la Dynastie Tang », n’hésitant pas à prendre le titre d’Ōkimi – 大王, « Grand seigneur » auprès de la dynastie Tang et rapportant de nouvelle connaissance, technologie, administration et surtout l’écriture et le bouddhisme afin de devenir une véritable nation civilisée reconnue. La cour de Yamato saisira également la puissance religieuse dans l’archipel afin d’asseoir le pouvoir du Tennō par volonté divine. Une Ascendance au Kami Amaterasu – 天照, sera alors prouvée et le pouvoir légitime sera symbolisée par le message sur deux épées légendaires, l’Inariyama Kofun Shutsudo Tekken – 稲荷山古墳出土鉄剣, «Épée en fer du Kofun d’Inariyama », et l’Eta Funayama Kofun Tekken – 江田船山古墳鉄剣, « Épée en fer du Kofun d’Eta Funayama », mentionnant Chi Tenka – 治天下, « Celui qui gouverne sous le ciel ». Ainsi ce titre sera repris devenant Ame no Shita Shiro Shimesu Ōkimi, Chi Tenka Dai Ō – 治天下大王, « Le grand roi qui gouverne sous le ciel », contracté plus tard sous le terme de Tennō – 天皇, « Empereur céleste ».
Cette succession de titre, de preuves de légitimité de droit divin et d’une récente reconnaissance comme nation civilisée par les puissances étrangères, avait ainsi pour but d’asseoir l’hégémonie de la cour Yamato et de la caste aristocratique orbitant autour. Cela permettait finalement d’officialiser le pays de Wa comme nation reconnue, avec à sa tête le Tennō.

Ainsi se termine le quarante-cinquième article qui apporte une présentation sommaire de l’ère Kofun, première ère majeure de l’ère Yamato. On peut ainsi observer l’importance de Kofun ainsi que l’arrivée du Bouddhisme et de l’écriture marquant la fin de l’ère Kofun et le début de l’ère Asuka.
Dans les prochains articles, nous explorerons ensemble les différentes ères suivantes ainsi que l’histoire des nombreux Tennō ayant régné durant cette période, dans l’optique d’apporter toujours plus d’information sur l’histoire fascinante du pays du soleil levant.
Merci pour votre attention et prenez soin de vous, Mata Ne – またね.
Source :
- Kojiki – 古事記;
- Nihon shoki – 日本書紀;
- Wikipedia (FR, ENG, DE et JP);
- Histoire Japon – Percée;
- Nouvelle histoire du Japon – Pierre-François Souyri;
- Le shinto, la source de l’esprit japonais – Emiko KIEFFER;
- Shinto, Sagesse et Pratique – Motohisa YAMAKAGE;
- Japanese History, 11 experts reflect on the past – Bilingual books


Soyez le premier a laisser un commentaire